Titien


Le Titien

Tiziano Vecellio, dit le Titien, est l’un des peintres les plus célèbres de la Renaissance. Il naît à Pieve di Cadore en 1490 et régnera près de 60 ans sur la peinture de Venise et du nord de l’Italie. Aussi inventif en matière de portraits que de scènes religieuses et mythologiques, il séduisit l’élite des mécènes d’Europe et d’Italie.

acteon_et_diane_Le_titien_

La mort d’ Actéon (1559)
Huile sur toile, 179 x 189 cm, Londres National Gallery

Ce tableau fait partie des grandes allégories qualifiées de poesie inspirées d’Ovide. Ces scènes mythologiques ont été peintes pour Philippe II, roi d'Espagne. Il s’agit de" L’enlèvement d’Europe", "Diane et Callisto", "Diane et Actéon", "Tarquin et Lucrèce", "Persée et Andromède" et "La mort d’Actéon". Les trois dernières n’ont pas été livrées au roi . "La mort d’Actéon" est un tableau que le peintre a réalisé vers la fin de sa vie.

L'histoire

Chassant avec ses compagnons sur le mont Cithéron, Actéon s’isole un moment afin de se reposer et aperçoit dans une clairière la déesse Diane ( assimilée à Artemis ) au bain, nue, entourée de nymphes. Actéon est surpris. Furieuse de cet outrage, Diane le transforme en cerf. Il meurt dévoré par ses propres chiens.

La scène

C’est cette scène que nous représente le Titien. Il est possible qu’il ait choisi la mort d’Actéon afin de symboliser la supériorité de la déesse sur les mortels, et au-delà, la puissance de la séduction de la femme sur l'homme. On peut aussi interpréter le tableau de manière différente : l’artiste a pu faire allusion à la faiblesse de la condition humaine.

La scène se lit de gauche à droite. La technique du peintre donne une impression de dynamisme et de force, avec une Diane menaçante qui arrive par la gauche, un vide au milieu et, à droite, un Actéon apeuré, transformé en cerf, incapable de chasser ses chiens. L’ébauche des arbres, dans le fond, est d’une grande vivacité. Le dramatisme du récit se traduit dans la palette des couleurs qui semble quasiment monochrome, hormis les deux protagonistes en rouge.

Les personnages

On trouve quatre personnages principaux dans ce tableau : Diane, Actéon, et les deux chiens. Ils sont tous en mouvement.
Diane est debout, appuyée sur sa jambe droite, comme si elle courait. Elle vient de tirer une flèche avec l’arc qu’elle tient dans sa main gauche, son bras droit est plié en arrière. Son sein est découvert comme si elle affirmait sa féminité. Elle domine la partie gauche du tableau par sa taille imposante, sa force.

Le cerf Actéon est dressé sur ses pattes arrière, il est en position de faiblesse par rapport aux chiens. Il a encore une attitude humaine : il est vêtu de sa tunique.
Les deux chiens sont dressés sur leurs pattes arriére et se jettent sur le cerf.

Le décor

La nature occupe la plus grande partie du tableau et accentue le contraste entre le coté occupé par la déesse et celui occupé par les animaux. On distingue quatre plans dans cette peinture :

La déesse occupe le premier plan.
Les deux chiens et le cerf sont situés au deuxième plan.
Le lac et les arbres sont relégués au troisième plan.
Enfin l’arrière-plan comprend la végétation et le ciel.
Le Titien a organisé la scène ainsi afin de mettre en valeur la déesse et la mort d’Actéon.

Le tableau est séparé en deux parties distinctes. La partie gauche est occupée par la déesse et le ciel nuageux. C’est une impression de puissance qui se dégage de Diane, elle apparaît menaçante, fière.
A l’inverse, la partie droite du tableau est plus obscure, plus touffue. La luminosité très faible met en évidence la faiblesse d’Actéon.

La lumière surgit des couleurs mêmes, posées en touches rapides. Elle vient du coté gauche et n’éclaire qu’une partie du tableau, la déesse. Elle rend la scène particulièrement dramatique, plongeant « la mort » d’Actéon dans l’ombre, soulignant ainsi la solennité de l’action.

L'angoisse d'une fin inexorable naît des proportions des personnages alliées à un jeu de lumières obtenu par une utilisation savante des couleurs.